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08.05.20 modifié le 18.04.26
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Grogne dans la Somme après la mort d'un chevreuil pris en charge par la préfecture

Le pauvre chevreuil errait dans la ville de Longueau avant d'être "pris en charge" par les services de la Préfecture./©DR
Aidé par des habitants alors qu’il était égaré dans la ville de Longueau, près d’Amiens (Somme), un chevreuil est néanmoins mort après avoir été emporté par les services de la sous-préfecture de Pérone et Montdidier, dans des circonstances encore troubles. 30millionsdamis.fr a joint des élus de la commune, qui ont clairement affiché leur désaccord avec la décision préfectorale d’abattre l’animal.
Les habitants de Longueau (80) ne décolèrent pas. Et pour cause, la petite commune voisine d’Amiens (80) a été le théâtre d’une sombre histoire dont le dénouement a été fatal à un pauvre chevreuil (3/5/2020). Le frêle animal, apparemment égaré dans la ville depuis plusieurs jours, a été effectivement retrouvé blessé par des habitants dans la cour d’un collège après avoir été photographié dans le jardin d’un particulier.
« Abattu » ou mort de ses « propres blessures » ?
Touché à une patte, il a été pris en charge grâce à la solidarité de quelques badauds avant l’intervention du sous-préfet de Péronne et Montdidier, qui agissait dans le cadre de la permanence préfectorale. C’est alors qu’un lieutenant de louveterie arrivent sur place et emporte l’animal en dépit de l’incompréhension des habitants. Si elle avait bien décidé d’abattre le chevreuil, la sous-préfecture annoncera plus tard « qu’à bout de force, il est mort de ses propres blessures. »
Je souhaitais que l’on demande l’avis d’un vétérinaire mais il n’a rien voulu savoir.
Serge Lefeuvre – 1er adjoint à la Mairie de Longueau (80)
Sur place au moment des faits, le 1er adjoint à la mairie de Longueau Serge Lefeuvre fait part de son exaspération alors qu’il réclamait une autre solution pour l’animal. « J’ai reçu un coup de téléphone du sous-préfet de Péronne qui m’a dit qu’il avait donné l’ordre d’abattre l’animal, décrit l’élu pour 30millionsdamis.fr. Lorsque je suis arrivé, un lieutenant de louveterie et son collègue mandaté par la préfecture était déjà sur place, et l’animal avait été placé dans un sac dans le coffre de sa voiture. Il bougeait encore, j’ai même pu le caresser. Il avait une légère blessure à la patte. J’ai dit au sous-préfet que je n’étais pas d’accord avec cette décision et que je souhaitais que l’on demande au moins l’avis d’un vétérinaire. J’ai même proposé de payer de ma poche! Mais il n’a rien voulu savoir. On m’a demandé de quitter les lieux et on m’a menacé d’appeler la police. C’est inadmissible. Pour moi, il y a eu pression du chasseur en question, on a déjà vu ce genre de chose avec la chasse à courre. On ne devrait pas faire appel à des lieutenants de louveterie pour ce genre de cas.»
La sous-préfecture se défend
« L’animal dont on sait qu’il errait dans les rues de Longueau depuis quelques jours était épuisé et mourant lorsque [le lieutenant de louveterie] est arrivé sur place, se défend dans les colonnes du Courrier Picard Bernard Musset après l’onde de choc provoquée par cette affaire. Il était à terre avec la patte arrière blessée et couverte de sang, et il ne pouvait absolument plus bouger ». Contacté par 30millionsdamis.fr, le sous-préfet affirme avoir « demandé aux deux lieutenants de louveterie de [lui] faire parvenir leur rapport sur leur action de dimanche, lequel précisera le décès, des suites de ses blessures, du chevreuil qu’ils ont trouvé agonisant à leur arrivée au collège ». Fait surprenant, le commandant de louveterie ne serait pas, selon le sous-préfet, un chasseur mais « un civil qui prête habituellement main-forte aux autorités lors de ce type d’opération de protection de la nature et des animaux ». Or, d’après le Code de l’environnement et l’article R427-3, un lieutenant de louveterie doit « détenir, lors de sa nomination, un permis de chasser depuis au moins 5 ans ».
Élus et habitants demandent des comptes
Autant dire que la version préfectorale ne satisfait pas les habitants qui affirment que l’animal a été abattu par les services de l’Etat. Une pétition a par ailleurs été lancée contre « la décision d’avoir fait tuer » le chevreuil et demander la présence d’un spécialiste animalier pour chaque intervention semblable à celle-ci. Elle a recueilli 1500 signatures, près d’un tiers de la population de Longueau. « Il ne faut pas que cela se reproduise », demande Ludovic Boulafrad, à l’initiative de la pétition.
Je doute que cette décision soit celle qu’il fallait prendre.
Nathalie Marchand (PCF) – Conseillère départementale
De même, les élus municipaux n’en restent pas là et demandent des explications. « Je me permets de vous faire part de mon chagrin, mon amertume et ma déception d’une telle décision, alors même qu’aujourd’hui et depuis la crise sanitaire, la nature reprend place et vie, a écrit la conseillère municipale et départementale Nathalie Marchand (PCF) dans une lettre à la préfète de la Somme. Les animaux ont toute leur place dans notre espace de vie, et je doute que cette décision soit celle qu’il fallait prendre. » Quant au 1er adjoint, Serge Lefeuvre, il envisage de porter plainte contre le sous-préfet.
Ce n’est pas la première fois que les service de la Préfecture de la Somme agissent à l’encontre des animaux. En 2019, elle avait autorisé l’abattage de 1500 blaireaux. Par ailleurs, la Fondation 30 Millions d’Amis avait déjà dénoncé l’abattage d’un chevreuil à Pau (64) par un lieutenant de louveterie.


