Actualités
24.08.20 modifié le 18.04.26
7,3k vues
Dauphins échoués : l’Europe intime à l’Etat français d’enrayer l’hécatombe

Plus de 1300 cétacés se sont échoués sur la côté atlantique depuis le début de l'année 2020... une hécatombe causée par les filets des navires de pêche. ©AdobeStock
Protégés par la directive européenne « Habitats » de 1992, les dauphins et marsouins communs sont pourtant victimes de multiples prises accessoires par les navires de pêche qui naviguent, respectivement, dans le golfe de Gascogne et la mer Baltique. Pour enrayer cette hécatombe, exceptionnellement forte cette année 2020, la Commission européenne a adressé, au début de l’été, une mise en demeure à l’égard de l’Etat français, sous peine de sanctions. La Fondation 30 Millions d’Amis enjoint le gouvernement à prendre au plus vite ses responsabilités.
Plus de 1300 mammifères marins échoués sur les côtes françaises depuis le début de l’année 2020 (Observatoire Pelagis, 05/07/2020) ! En cause ? La multiplication des prises « accessoires » de cétacés par les filets de pêche mortifères.
Pire : dans les faits, le nombre de décès est bien plus élevé puisque 90% des animaux pris au piège des filets sombreraient au fond de l’océan avant d’atteindre le littoral. Ainsi, durant l’hiver 2018-2019, 1200 dauphins se sont échoués sur la côte atlantique ; mais en réalité, 11 000 dauphins avaient succombé aux engins de pêche.
Un été 2020 particulièrement meurtrier pour les cétacés
Habituellement, la saison hivernale se révèle la plus dangereuse pour les cétacés qui s’échouent en masse le long des côtes françaises, eu égard à l’affluence des chalutiers entre décembre et avril. « A cela s’ajoutent les nombreux filets maillants fixes qui piègent, toute l’année, les dauphins », complète Elodie Martinie-Cousty pour France Nature Environnement (FNE), interrogée par 30millionsdamis.fr.
Les captures accessoires de baleines, dauphins et marsouins sont la menace la plus importante pour leur conservation.
Et cette année, la saison estivale est tout autant dramatique, si ce n’est plus : « On n’avait jamais connu une saison comme celle-ci, alerte Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France sur LeMonde.fr. Il ne se passe pas un jour sans qu’on nous signale une capture de cétacé par des pêcheurs ». En effet, parce que le confinement a eu un effet positif sur les populations de poissons qui ont pu évoluer à l’abri de l’Homme, la reprise d’activité des fileyeurs et chalutiers semble avoir été d’autant plus intense dans la zone d’alimentation des dauphins. « Cette explosion de captures est intenable pour la survie de l’espèce », fustige la Présidente de l’ONG.
L’Etat tenu de prendre les mesures pour éviter les prises accessoires
Pour enrayer cette hécatombe, la Commission européenne a demandé à l’Etat Français – à l’instar de la Suède et de l’Espagne – d’adopter, dans un délai de trois mois, les mesures d’atténuation imposées par le droit européen pour éviter les prises accessoires (02/07/2020).
Un mois après cette mise en demeure, six ONG de protection animale – Ligue pour la Protection des Oiseaux, France Nature Environnement, Whale and Dolphin Conservation, Seas at Risk, World Wildlife Fund, ClientEarth – ont adressé au gouvernement une lettre l’invitant à prendre, au plus vite, les mesures à la hauteur des enjeux. « Les captures accessoires de baleines, dauphins et marsouins dans les filets de pêche représentent, à l’échelle européenne, la menace la plus importante pour leur conservation, déplorent les associations. Il apparaît clairement aujourd’hui que la notion de captures accidentelles qualifiant la mortalité des dauphins par la pêche est inappropriée ». Or, en vertu d’un arrêté du 1er juillet 2011 – et au sens du Règlement européen du 26 avril 2004 – c’est justement le caractère « accidentel » des captures qui conditionne la possibilité de déroger à l’interdiction de toute forme de destruction. Dès lors, l’atteinte mortelle portée à ces animaux par les engins de pêche s’avère contraire à la réglementation française et européenne…
Vers la fermeture hivernale des pêches responsables des captures ?
Il est temps que la France adopte les mesures nécessaires au respect des injonctions de la Commission européenne.
E. Martinie-Cousty – FNE
Jusqu’à présent, aucune des mesures mises en place n’a permis de réduire les captures. Tout d’abord, les répulsifs acoustiques – « pingers » – dont les chalutiers pélagiques ont été équipés n’ont pas apporté de résultats significatifs. Ensuite, la présence d’observateurs à bord des bateaux est extrêmement faible. Les pêcheurs ne déclarent, enfin, que très peu leurs captures.
« Il est donc grand temps que la France adopte les mesures nécessaires au respect des injonctions de la Commission, préconise la représentante de FNE. Pour ce faire, elle doit adopter, d’une part, des mesures d’urgence, qui consistent à geler la pêche sur la zone concernée et, d’autre part, des mesures pérennes à travers, notamment, des dispositifs de vidéo-surveillance à bord des bateaux ». Des recommandations en totale adéquation avec celles formulées par les experts du Conseil international pour l’exploration de la mer (Avis, 26/05/2020). Cette évolution est indispensable pour les citoyens contribuables – qui devrait acquitter l’amende due par la France en cas d’inaction – mais aussi les pêcheurs – qui doivent être accompagnés pour modifier leur pratique – et l’opinion publique, inquiète face aux dangers qui pèsent sur les cétacés et les stocks de poissons. « Soit la France restera à la traine, soit elle imprimera enfin sa marque et impulsera une dynamique à laquelle les autres pays se rallieront », conclut E. Martinie-Cousty.


