Actualités
08.08.18 modifié le 31.03.26
4,8k vues
Louis Schweitzer : « C’est la pression de l’opinion qui fera progresser le bien-être animal »

Le président de la LFDA se félicite que la "condition animale soit devenue un enjeu de société en France." ©LFDA
Après la sortie du livre « L’animal est-il un homme comme les autres ? » (édition Dunod, 2018), le président de la Fondation droit animal, éthique et sciences (LFDA) revient pour 30millionsdamis.fr sur les avancées de la cause animale en France.
La question du droit des animaux dans la société s’impose de plus en plus en France. Dans l’ouvrage « L’animal est-il un homme comme les autres ? », le président de la LFDA Louis Schweitzer débat avec le philosophe Aurélien Barrau sur des thèmes aussi importants que la réforme du Code civil obtenue en 2015 par la Fondation 30 Millions d’Amis, l’amélioration de la condition des espèces ou l’écologie. Ancien président de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) de 2005 à 2010, le haut fonctionnaire en profite pour clamer sa passion des animaux.
Depuis quand remonte votre engagement pour le bien-être animal ?
Louis Schweitzer. J’ai toujours été sensible à la cause animale. Ce n’est pas quelque chose que j’ai découvert à mon 60ème anniversaire ! Je suis très hostile à la chasse, aux corridas… Toutefois, mon engagement sur le terrain découle de ma fonction de président de la Fondation droit animal, éthique et sciences quand Jean-Claude Nouët a fait appel à moi comme successeur en 2012.
La condition animale est devenue un enjeu de société. Louis Schweitzer, président de la LFDA
Quel est votre regard sur l’évolution de la question animale en France ces dix dernières années ?
L’évolution concrète de la situation des animaux qu’il s’agisse des animaux de compagnie ou des animaux d’élevage n’a pas beaucoup avancé en France depuis 10 ou 20 ans. En revanche, l’intérêt pour la condition animale a vraiment progressé. Cela a touché les animaux de compagnie mais s’est étendu à toutes les espèces. La condition animale est devenue un enjeu de société.
Comment l’expliquez-vous ?
Les progrès de la science et notamment l’éthologie ont permis d’améliorer notre connaissance des animaux, de leur sensibilité et de leur conscience. Aujourd’hui, le public français est plus avancé en matière d’intérêt pour la cause animale que la moyenne européenne grâce notamment à l’action des organisations de défense des animaux.
Quels progrès doivent intervenir pour améliorer la condition animale ?
Il y a deux pistes qui me semblent nécessaires. La première est de faire progresser le droit animal. La Fondation 30 Millions d’Amis a fait un travail très utile avec son Code de l’animal. La LFDA pour sa part a publié en 2018 une déclaration des droits de l’animal élaborée avec le soutien d’éminentes personnalités scientifiques, juridiques et morales. D’autre part, il faut utiliser le droit souple. Il s’agit d’un droit qui n’est pas imposé mais pris en charge par les citoyens et qui peut s’avérer tout aussi efficace. Par exemple, la LFDA mène une action avec le groupe Casino ainsi que la CIWF (Compassion in World Farming France) et OABA (Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs) pour mettre en place un étiquetage alimentaire avec des informations sur le bien-être animal des produits proposés en rayon.
Dans ce cas, qui est coupable du mauvais traitement des animaux ? Les consommateurs, les grandes surfaces ou les élevages ?
C’est la recherche constante du prix le plus bas qui va à l’encontre du bien-être animal. Le fait que le consommateur ne soit pas informé fait que rien ne va à l’encontre du productivisme. C’est pourquoi une information sur l’étiquette relative au bien-être animal peut être très utile.
Les politiques seront conduits par la dynamique de l’opinion. Louis Schweitzer, président de la LFDA
Comment expliquer que l’avancée de l’opinion ne se traduise pas au niveau politique ?
Les progrès qui peuvent se retranscrire dans l’opinion précèdent souvent les avancées politiques. Au bout d’un certain temps, les politiques seront conduits par la dynamique de l’opinion. Sur le sujet de la biodiversité, il a fallu un certain temps pour le traduire. Par ailleurs, des lobbys, comme celui de la chasse, sont bien mieux organisés. Les associations de défense des animaux se retrouvent confrontées à des groupes structurés. De même, les préoccupations économiques représentent une dominante qui freine la cause animale. Pour les cirques, le fait de ne plus avoir d’animaux sauvages a un impact économique.
Comment vous paraît l’idée de la Belgique de nommer un ministre du bien-être animal par région ?
Je trouve que le faire d’avoir un ministre ou un secrétaire d’Etat dédié au bien-être animal est une excellente idée. Si on veut qu’il y ait des progrès significatifs, il nous faut quelqu’un qui se consacre entièrement au sujet. Je pense que la pression de l’opinion wallonne qui vient de passer un code de l’animal ambitieux, va s’étendre à d’autres pays. En revanche, je ne crois pas à la régionalisation des compétences car nous sommes dans un contexte économique ouvert.
Selon vous, quel sera le prochain combat remporté pour le bien-être animal ?
Le progrès s’inscrit dans la durée et résulte d’un combat de longue haleine. Dans les années 80, à l’initiative de la LFDA, a été introduit un étiquetage sur les modes de vie des poules pondeuses. 30 années plus tard, l’élevage en cage de ces poules est enfin en voie de suppression. La corrida est en net recul en Espagne. Ce spectacle, qui m’est insupportable, tombe peu à peu. L’élection européenne de mai 2019 sera l’occasion de réclamer de nouvelles avancées.


