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22.01.19 modifié le 17.04.26

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Vidéosurveillance abattoirs Carrefour : les zones d’ombre du dispositif

Le groupe Carrefour devient le premier distributeur à demander l’installation de caméras de surveillance dans ses abattoirs fournisseurs. /©AdobeStock

Le géant de la distribution Carrefour a annoncé vouloir poser des caméras de surveillance dans tous les abattoirs qui lui fournissent de la viande. La Fondation 30 Millions d’Amis a salué ce projet tout en émettant quelques réserves. Si elle rejoint les demandes des ONG de protection animale, l’initiative telle qu’elle est aujourd’hui mise en place comporte des lacunes.

La nouvelle a fait sensation ! Quelques mois après le rejet dans la loi Agriculture et Alimentation, de la présence obligatoire des caméras de surveillance dans les abattoirs – une mesure phare pourtant réclamée par l’ensemble des organisations de protection animale, dont la Fondation 30 Millions d’Amis – le groupe Carrefour a annoncé par voie de communiqué son engagement dans ce domaine. Le groupe devient ainsi le premier distributeur à demander l’installation de ce type de dispositif dans ses abattoirs fournisseurs. Dans cette démarche, le géant de la grande distribution pourra s’appuyer sur l’Œuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoirs (OABA).

Une initiative prometteuse aux contours encore incertains

L’association de protection animale a en effet pris part à la rédaction du cahier des charges et interviendra aux côtés du Dr vétérinaire Michel Courat (expert européen en protection animale) dans la formation des auditeurs de Bureau Veritas. Cet organisme reconnu de certification et d’évaluation de conformité, contrôlera les 84 abattoirs fournisseurs du groupe avant la fin de l’année 2019.

Selon le Docteur Jean-Pierre Kieffer, président de l’OABA interrogé par 30millionsdamis.fr, le principe général de ce cahier des charges « est d’aller plus loin que la simple réglementation ». L’association veut en effet « imposer des règles de bonnes pratiques sur tout le circuit, du déchargement à la saignée ».  L’objectif pour Carrefour est de se doter « d’un véritable outil pour les responsables de la protection animale dans les abattoirs », précise Séverine Fontaine, Directrice Qualité alimentaire chez Carrefour, « et leur permettre de visionner les séquences afin de s’assurer des bonnes pratiques des employés en leur absence ».

Un contrôle des images qui reste à préciser

La démarche va dans le bon sens, mais un flou subsiste sur les personnes qui auront véritablement accès aux images de vidéosurveillance. Si Séverine Fontaine affirme que des séances de visionnage « pourraient » avoir lieu lors des audits réalisés par Bureau Veritas, le Dr Kieffer est plus affirmatif : « Les auditeurs du Groupe Veritas contrôleront le fonctionnement de ces caméras et visionneront des séquences enregistrées pour comparer à leurs observations sur place. » Contacté par 30millionsdamis.fr, Bureau Veritas semble néanmoins confirmer la version plus nuancée de Carrefour en indiquant que « [leurs] agents n’ont aucun rôle défini dans le visionnage de ces vidéos. » Un point essentiel qui reste donc à clarifier.

Rendre obligatoire la vidéosurveillance dans les abattoirs par la loi

Autre zone d’ombre : le caractère obligatoire de la présence des caméras dans ces abattoirs. Comme indiqué dans le communiqué, une « simple demande » sera adressée aux établissements. Selon la Directrice Qualité alimentaire du groupe, « il est difficile d’imposer des caméras, puisque l’aval des syndicats est nécessaire ». Bureau Veritas pointe de son côté que ce dispositif était une démarche engagée par Carrefour et qu’elle n’avait a priori pas de lien avec le cahier des charges de l’OABA…

Autrement dit, certains de ces lieux ne seraient donc pas forcément équipés de vidéosurveillance, même si la présence de caméra pourrait un jour devenir « un prérequis pour travailler avec l’enseigne », avance Séverine Fontaine. L’OABA se montre en revanche à nouveau beaucoup plus affirmatif et volontariste : la vidéosurveillance « est un des points essentiels. Si un abattoir ne suivait pas le cahier des charges, il pourrait être déclassé ».

La Fondation 30 Millions d’Amis espère que le géant de la grande distribution lèvera rapidement les doutes qui subsistent encore sur cette démarche prometteuse. L’exemple de Carrefour démontre à quel point il est impératif que ce dispositif de vidéosurveillance dans les abattoirs soit inscrit dans la loi, notamment pour rendre son caractère obligatoire et afin que le contrôle des images n’échappe pas aux organismes de protection animale.

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