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22.11.19

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Zimbabwe : des éléphanteaux vendus en catimini à des zoos chinois

Plusieurs dizaines d’éléphanteaux se sont retrouvés au centre de sombres négociations entre le pays d’Afrique australe et des zoos chinois. ©Aftab Uzzaman

Les associations de protection animale s’indignent de la multiplication des captures de bébés éléphants dans certains pays d’Afrique pour être vendus à des zoos chinois. Il y a peu, le Zimbabwe a expulsé 32 pachydermes (24/10/2019), malgré l’interdiction de l’exportation d’éléphants hors d’Afrique décidée par la Cites en août 2019, et qui entrera en vigueur fin novembre. 30millionsdamis.fr a interrogé les spécialistes de ce sujet explosif.

Sacrifiés sur l’autel de la captivité. Alors que le Zimbabwe a récemment connu une grave sécheresse entraînant la mort d’au moins 55 éléphants affamés ou assoiffés dans le parc de Hwange, l’une des principales réserves du pays, voilà une décision terrible qui vient peser sur le sort de ces majestueux animaux.

108 éléphants prélevés en milieu naturel vendus depuis 2012

Plusieurs dizaines d’éléphanteaux se sont retrouvés au centre de sombres négociations entre le pays d’Afrique australe et des zoos chinois. Fait le plus récent, l’envoi de 32 jeunes animaux dans le plus grand secret à la fin du mois d’octobre 2019. « Ils ont été capturés après avoir été retenus captifs pendant près d’un an dans le parc national de Hwange, explique à 30millionsdamis.fr Audrey Delsink, directrice de la vie sauvage à Humane Society International (HSI) en Afrique. Ils sont ensuite sortis du pays via l’aéroport de Victoria Falls. Nos sources rapportent que des camions de l’armée sont venus pour emmener les éléphants. Nous sommes outrés et navrés. Le Zimbabwe fait preuve d’un mépris total. Condamner ces éléphants à une vie de captivité dans les zoos ou les cirques chinois est une tragédie. »

Condamner des éléphants à une vie de captivité dans les zoos ou les cirques chinois est une tragédie.
Audrey Delsink, HSI

Le porte-parole des parcs nationaux au Zimbabwe, Tenashi Farawo, a tenter de justifier la vente des éléphants affirmant qu’elle « était nécessaire en raison de la sécheresse » et que « l’argent servira à creuser des puits pour sauver d’autres espèces sauvages. » Le hic, c’est que les ONG ont démontré que les captures ont eu lieu… avant ladite sécheresse ! Depuis 2012, le Zimbabwe aurait vendu 108 éléphants à la Chine, auxquels viennent s’ajouter les 32 dernières transactions d’animaux.

« Le secret autour de la capture et du commerce actuel d’espèces sauvages au Zimbabwe dénotent un manque de responsabilité, de transparence et une pointe d’arrogance de la part des autorités zimbabwéennes, critique Lenin Chisaira, avocate spécialiste des questions environnementales qui a déposé en mai 2019 une demande d’’interdiction des exportations. Elles semblent prêtes à poursuivre dans ce sens malgré le tollé et les avis négatifs exprimés dans le monde. Mais aussi aller à l’encontre de la pression locale. »

Des exportations interdites mais…

Le processus semble s’accélérer depuis plusieurs mois à l’approche de l’interdiction du transport d’éléphants hors d’Afrique (26/11/2019) après que la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages (Cites) ait adopté, en août 2019, une résolution… qui comporte toutefois des exceptions, dans lesquelles le Zimbabwe compte s’engouffrer. Ainsi, une exportation pourra être autorisée en cas de preuve que l’opération permettrait « un avantage pour la conservation de l’espèce »… Formulation soumise à toutes les interprétations et manipulations.

D’après les chiffres de HSI, un jeune éléphant coûterait 7 000 dollars (6328 euros) sur le marché noir. Mais dans le cadre des accords commerciaux avec les entreprises chinoises, les coûts peuvent s’envoler pour atteindre les 100 000 dollars (90 410 euros). Et le Zimbabwe ne serait pas l’unique pays concerné : « Des captures ont également lieu au Swaziland et en Namibie, regrette Audrey Delsink. Toutefois, l’Afrique du Sud, qui dispose maintenant d’une législation nationale interdisant la capture d’éléphants sauvages pour des installations de captivité, fait figure d’exception. Ainsi, cela ne s’y produirait plus. »

Des captures « traumatisantes »

Ces ventes sont d’autant plus critiquées qu’elles peuvent considérablement perturber les jeunes animaux. « Ce sont des mammifères sociaux, qui ont une longue vie, décrit Audrey Delsink. Une femelle restera toute son existence dans son troupeau. Les jeunes mâles quittent ce troupeau d’origine vers 12-15 ans. Toute séparation précoce peut être extrêmement traumatisante, sans parler du processus de capture ou des conditions de transport. Les éléphants sont chargés dans des caisses et attendent pendant des heures sur la piste brûlante. »

Les éléphants d’Afrique sont classés comme « vulnérables » sur la liste rouge des espèces menacées de l’IUCN. Le recensement des éléphants de savane dans 18 pays d’Afrique montre que les effectifs ont baissé de 30 % en 7 ans. On estime qu’il reste moins de 450 000 éléphants sur le continent, notamment à cause du braconnage et de l’’urbanisation.

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