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10.07.20 modifié le 18.04.26

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Un loup tué… alors qu’il s’éloignait du troupeau : acharnement !?

Depuis le début de l'année 2020, 23 loups ont été tués légalement par des louvetiers. Parmi eux, un loup a été tué, en dehors de toute attaque, sous la caméra d'un photographe animalier. ©Pixabay

Un loup errant à proximité d’un troupeau de moutons a été abattu dans les Hautes-Alpes… alors qu’il s’en éloignait tranquillement (05/07/2020). Comme en témoignent les images qui ont immortalisé la scène, les moyens de protection mis en place semblent avoir parfaitement joué leur rôle, décourageant le canis lupus dans sa tentative de prédation. 30milliondamis.fr condamne la multiplication des tirs de loups réalisés en dehors de toute attaque.

Ce loup a-t-il été victime de l’acharnement de l’Homme, alors que toutes les solutions anti-prédation mises en place semblent avoir fonctionné, contraignant l’animal sauvage à se détourner du troupeau qu’il convoitait… avant de succomber aux tirs des louvetiers ? C’est en tout cas ce que laissent penser les images de la caméra thermique de Corentin Esmieu, photographe animalier, qui suit la meute depuis 4 ans. Sa perte porte à 23 le nombre de loups abattus en toute légalité depuis le début de l’année 2020.

Un tir réalisé en dehors de toute attaque

Le troupeau était protégé par des filets, des chiens de protection et un âne. Un ensemble qui a dissuadé toute tentative de prédation du loup. « Le loup s’est approché discrètement ; il a fait fuir une partie des brebis et a vite compris qu’il n’avait rien à faire là, confie le jeune photographe.  Il n’a rien tenté. Il est parti ». Mais après avoir parcouru une cinquantaine de mètres, les louvetiers présents sur place l’ont sifflé et éclairé… avant de l’abattre. « Le loup est tombé raide, fustige C. Esmieu. Puis, les louvetiers se sont mis à hurler de joie (…) pour nous narguer. Après, on les a vu ramasser la bête comme si c’était un sac de patates. »

« La préfecture confirme le tir de dimanche. Selon elle, il a été effectué dans les règles, explique le journaliste Hugo Clément. Il serait justifié par le fait que ”des éleveurs ont aperçu à plusieurs reprises des loups à proximité de leur troupeau” ». Selon l’AFP, ce tir de défense renforcé a été demandé deux jours auparavant par des éleveurs qui avaient aperçu, à plusieurs reprises, des loups à proximité de leur troupeau. Pour mémoire, malgré son statut d’espèce protégée, le loup peut, en vertu de l’arrêté du 19 février 2018, faire l’objet de tirs d’effarouchement, de tirs de défense simples (en cas d’attaque) ou renforcés (en riposte), ou encore, de tirs dits « de prélèvement » déconnectés de toute attaque.

Les tirs de loup s’expliquent essentiellement par la volonté de l’éradiquer du territoire.

Pascal Sourdin – Animal Cross

Plus particulièrement, « le tir de défense renforcé a pour préalable une pression de prédation jugée difficilement soutenable, rappelle à 30millionsdamis.fr Pascal Sourdin, d’Animal Cross. Dans les Hautes-Alpes, 565 tirs de défense simple et 27 tirs de défense renforcé sont en cours ! ». Or, « il n’y a pratiquement jamais d’attaque, tance Corentin Esmieu. Cela fait 2 ans qu’il n’y a pratiquement rien dans la vallée ». En somme, un loup a été tué alors qu’il n’a certainement jamais attaqué de mouton et n’en aurait probablement jamais défié, d’autant plus en présence de mesures protectrices efficaces.

Un risque de disparition de la meute

Pire, ces tirs pourraient avoir un effet contraire à celui escompté. La meute étant désormais réduite, la chasse s’avérera plus complexe. Résultat ? Ils risquent de se rabattre sur des proies plus faibles : les moutons. « Au final, si on a de la chance, il restera le couple alpha de vivant. Et il faut compter sur la naissance de louveteaux pour assurer la survie de la meute, espère le photographe. A défaut, elle disparaîtra. »

« Les tirs de loup s’expliquent essentiellement par la volonté du monde de la chasse et de l’élevage de l’éradiquer du territoire, avec la bénédiction des autorités administratives, déplore P. Sourdin. Sinon, comment expliquer les quelques 2300 autorisations de tirs délivrées à cet instant en France ? ». En mai 2020, la Fondation 30 Millions d’Amis s’était indignée contre le tir de trois loups dont deux louves gestantes… tués en plein confinement.

Débat sur les réseaux sociaux

Pour avoir relayé le témoignage de Corentin Esmieu à travers un reportage sur France TV Slash, le journaliste Hugo Clément a fait l’objet de vives critiques de la part d’un berger qui s’est exprimé en vidéo sur les réseaux sociaux. Le dénommé Joseph Boussion accuse le reporter de dénigrer sa profession, un grief qu’Hugo Clément a réfuté tout en attirant l’attention sur le passé de son accusateur : « Joseph Boussion est […] un homme politique originaire du sud-ouest (pas des Alpes), qui a étudié, milité et travaillé en ville (pas dans la montagne), et qui est spécialiste du « marketing » du « management » et de la « communication » (pas du loup) ».

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