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07.08.20 modifié le 18.04.26
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Contre la « pêche fantôme », aidez-nous à signaler les déchets marins avec une appli !

Baleines, dauphins, tortues, oiseaux, requins et autres poissons succombent par dizaines de milliers dans les océans, pris au piège par les filets de pêche abandonnés en mer. ©Adobe Stock
Filets, cordages, casiers… Abandonnés ou perdus en mer par les pêcheurs, ils polluent le littoral et mettent en péril les animaux marins. L’Ifremer lance une appli mobile pour permettre à chacun de lancer l’alerte en signalant la présence de ces déchets mortels. 30millionsdamis.fr partage cette initiative pour lutter activement contre le fléau de la « pêche fantôme ».
Piégée dans un filet dérivant au large des îles éoliennes en Italie, une baleine a pu repartir saine et sauve grâce à la vigilance de bénévoles, rapportait la BBC en juin 2020. Mais pour quelques dizaines de cétacés, d’oiseaux marins, de requins et de tortues secourus, combien d’autres périssent loin des regards ? Emportés par les tempêtes et les courants, les engins de pêche continuent de polluer et de piéger des animaux pendant des mois, voire des années. Heureusement, la mobilisation contre cette « pêche fantôme » (ghost fishing) a pris de l’ampleur. En France, l’Ifremer propose l’appli « Fish & Click », invitant promeneurs, plongeurs, plaisanciers et… pêcheurs, à signaler ces déchets mortifères.
100 000 animaux victimes des filets abandonnés chaque année
Le formulaire de l’appli « Fish & Click » permet de renseigner en quelques clics le type de matériel (filet, casier, ligne…), la localisation et les espèces piégées le cas échéant, avec la possibilité de joindre une ou plusieurs photos (5 maximum). Ces données serviront ensuite à dresser un inventaire des déchets issus de la pêche sur le littoral français. « Plus il y aura d’observations recensées et mieux nous pourrons cartographier la répartition des engins perdus et proposer des solutions pour leur gestion », assure l’institut sur son site web. L’enjeu est de taille, puisqu’au total, les résidus de pêche perdus ou abandonnés dans les océans représentent 27 % des déchets marins, selon l’Ifremer.
« Partout où il y a une mer ou un océan, on trouve du matériel fantôme », fustige Pascal Van Erp, fondateur de l’association néerlandaise Ghost Fishing, interrogé par L’Obs. Si l’ampleur des dégâts infligés à la faune est difficile à chiffrer, l’ONG britannique World Animal Protection estime que les filets abandonnés tuent environ 100 000 baleines, dauphins, otaries, phoques et tortues chaque année. Pour combattre ce fléau, de nombreux groupes de plongeurs interviennent eux-mêmes pour extraire les pièges mortels. A l’instar du collectif Depth’s Guards, qui s’est attaqué à un filet fantôme de 6000 m2 abandonné par un pêcheur au large de Cannes. Un travail méticuleux et très coûteux en matériel : près de 3000 euros pour 4 plongées !
Des « filets connectés », testés en Méditerranée
Plutôt que d’agir au cas par cas, la communauté scientifique se propose également d’intervenir en amont, en permettant aux bateaux de pêche de retrouver plus facilement leurs filets perdus. Une équipe de chercheurs de l’université de Newcastle (Royaume-Uni) a notamment conçu des petits émetteurs acoustiques, répartis sur les filets et repérables depuis un bateau dans un rayon de 3 km. Le groupe toulousain Collecte Localisation Satellite (CLS) – filiale du Centre national d’études spatiales et de l’Ifremer – a quant à lui misé sur le développement de filets de pêche connectés, utilisant de minuscules balises dont les signaux sont détectables par satellite. Déployé en juin 2020 dans la mer Méditerranée, ce dispositif sera testé pendant un an et demi.
Si toutes ces innovations constituent un espoir pour la préservation des espèces marines, chacun peut d’ores-et-déjà agir à son échelle en utilisant l’appli « Fish & Click », mais également en déposant les déchets issus de la pêche dans des « bacs à marée » dédiés à leur collecte.


