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21.04.23 modifié le 18.04.26
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Transport d’animaux vivants au sein de l’UE : la cour des comptes européenne appelle à son tour à des améliorations

Jeune veau non-sevré, en souffrance dans une bétaillère, quelque part en Alsace. Février 2023. © D/R.
La Commission européenne a initié en 2021 une révision générale de la législation européenne relative au bien-être animal (qui date de 2005), afin qu’il soit mieux pris en compte. Comme d’autres institutions de l’U.E avant elle, la Cour des comptes européenne a publié le 17 avril dernier les modifications qu’elle recommande, dans un rapport consacré au transport d’animaux vivants. 30millionsdamis.fr en résume les conclusions.
Des causes réglementaires…
Quant aux normes en elles-mêmes, la CCE attire l’attention sur le fait que la Politique Agricole Commune (PAC), qui implique des aides directes et indirectes aux éleveurs, ne conditionne pas ces subventions au respect du bien-être animal, en particulier dans le cadre du transport. Les élevages ne sont donc pas économiquement encouragés à mieux prendre en compte les besoins des animaux.
… mais surtout économiques
Mais c’est plus largement le fait que l’organisation générale de l’élevage en Europe rend économiquement plus avantageux de transporter des animaux vivants plutôt que des carcasses, que la CCE pointe du doigt. Elle souligne en effet que différentes régions de l’UE ont spécialisé leur agriculture et leur élevage dans des directions variées : ainsi, telle région s’est spécialisée dans l’élevage de telle espèce ; une autre, dans la production végétale pour l’alimentation des animaux ; telle autre, dans l’abattage intensif. Ce qui induit des différentiels de coûts importants entre Etats-membres pour, par exemple, l’abattage des animaux, de sorte que les acteurs vont privilégier le fait de déplacer les animaux d’un Etat à l’autre pour pouvoir les abattre à moindre coût. Plutôt que de chercher à effectuer cette opération près des lieux d’élevage…
Baisser les coûts, maximiser les profits
Autre problématique économique qui favorise le transport d’animaux vivants : la concentration des abattoirs, qui conduit à ce qu’ils soient de plus en plus grands et, pour faire baisser les coûts et maximiser les profits, à ce qu’ils choisissent des cadences intensives, les obligeant à abattre le plus d’animaux possibles. Conséquence : ils « recrutent » les animaux à abattre dans des zones géographiques plus importantes, augmentant la nécessité du transport. De même, certains abattoirs se spécialisent dans certaines espèces, ce qui, là encore, augmente la nécessité du transport pour les élevages des espèces concernés.
Enfin, la CCE affirme qu’à sa connaissance, le transport d’animaux vivants est plus rentable économiquement que le transport de carcasses. Si cet élément n’est pas certain, il demeure qu’il ne semble pas y avoir d’incitation économique à la réduction du transport d’animaux vivants, pas plus qu’à l’amélioration des conditions de transport.
Un changement de paradigme
Face à ces facteurs défavorables au bien-être animal, la CCE propose des solutions. S’il serait fastidieux de toutes les lister, la proposition de répercuter le coût de la souffrance animale sur le prix final de la viande est à souligner. S’il faut encore déterminer une méthode de calcul de cette souffrance, cette piste aurait l’avantage de permettre aux consommateurs d’influer les pratiques de transport. A cet égard, il faut rappeler que les français expriment régulièrement, dans le baromètre établi par l’IFOP et la Fondation 30 Millions d’Amis, leur souhait d’en finir avec le transport d’animaux vers des pays tiers à l’Union européenne.
La CCE appelle à une politique d’étiquetage claire qui informe le consommateur de l’ensemble des conditions dans lesquelles a vécu l’animal qu’il mange. Plus globalement, la CCE appelle à ce que des mesures soient prises pour que le transport d’animaux vivants devienne économiquement moins rentable que le transport de carcasses. Un véritable changement de paradigme.
Si on peut déplorer l’approche générale du rapport, où les animaux sont avant tout considérés comme des objets économiques (ce qui n’est guère surprenant), les pistes de la CCE sont intéressantes. Surtout, ses constats vont dans le même sens que ceux de la Commission européenne, de l’EFSA, et des ONG de protection animale : il est plus que temps d’agir pour en finir avec les conditions actuelles de transport d’animaux vivants.
Un combat de la Fondation 30 Millions d’Amis
La Fondation 30 Millions d’Amis souhaite que ces documents soient pris en compte dans le cadre de la révision générale de la législation européenne. Partie prenante dans le cycle de concertation ouvert par le ministère de l’agriculture en vue de cette grande refonte législative européenne, elle défendra notamment l’interdiction du transport d’animaux vivants vers les pays-tiers. Il est d’ailleurs toujours possible de signer la pétition qu’elle a adressé au ministre de l’agriculture sur ce point.


