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22.05.23 modifié le 18.04.26
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Pesticides, engrais… Les populations d’oiseaux battent de l’aile en Europe

Les moineaux font partie des espèces qui préoccupent particulièrement ces dernières années./Adobe Stock
Un collectif de chercheurs de toute l’Europe a publié une étude pointant la mort de 20 millions d’oiseaux chaque année sur le continent. Le recours massif aux pesticides et à l’agriculture intensive explique en grande partie cet effondrement. Le décryptage de 30millionsdamis.fr.
Les chiffres font froid dans le dos. 1 oiseau sur 4 aurait disparu en Europe en près de 40 ans, soit 20 millions par an. Cela représente 800 millions d’oiseaux en moins depuis 1980 ! Autrement dit, les oiseaux disparaissent et nous n’agissons pas… C’est la conclusion froide et sans appel d’une étude réalisée par un collectif de chercheurs européens et publiée dans la revue scientifique Pnas (15/5/2023). Il s’agit de l’étude la plus complète sur l’état des oiseaux en Europe.
Selon le CNRS, les scientifiques ont comparé « plusieurs pressions liées à l’activité humaine : l’évolution des températures, de l’urbanisation, des surfaces forestières et des pratiques agricoles ». Ils ont ainsi pu « quantifier et hiérarchiser pour la première fois leurs impacts sur les populations d’oiseaux, en rassemblant le jeu de données le plus complet jamais réuni : 37 ans de données de 20 000 sites de suivi écologique dans 28 pays européens, pour 170 espèces d’oiseaux différentes ».
Ces oiseaux communs qui vont devenir rares
Outre la hausse des températures, les principaux artisans de cette catastrophe pour la biodiversité sont tout trouvés : l’agriculture intensive et l’usage massif de pesticides et d’engrais. Ils seraient en effet les principaux responsables de cette descente aux enfers avec des populations qui ont chuté de 25 % en près de 40 ans. Un chiffre qui monte à près de 60 % pour les espèces des milieux agricoles.
Certaines ont particulièrement souffert. « Les populations de moineaux domestiques, par exemple, ont chuté de 64 % ; il risque de devenir rare, prévient le directeur de recherche au CNRS et coauteur de l’étude, Vincent Devictor, dans Libération. Certains écosystèmes sont plus touchés que d’autres : alors que le nombre d’oiseaux forestiers a diminué de 18 % en quarante ans, ce chiffre monte à 28 % pour les oiseaux urbains comme les hirondelles et martinets et bondit à 57 % pour ceux des champs. Parmi ces derniers figure le bruant proyer, de la famille des passereaux, qui a vu ses effectifs chuter de 77 % en Europe. Idem pour le pipit rousseline. Ceux de la mésange boréale ont chuté de 79 %, ceux du pouillot siffleur de 53 % »
La France, mauvaise élève
En France, la Ligue Protectrice des Oiseaux (LPO) tire – encore – la sonnette d’alarme. « Le bilan catastrophique révélant la perte de 20 millions d’oiseaux, chaque année, en Europe n’est pas un scoop, réagit Allain Bougrain-Dubourg, son Président. L’IPBES (équivalent du GIEC pour la biodiversité) pointe l’agriculture industrielle depuis 10 ans. Le Président Macron a demandé une pause dans la réglementation environnementale Européenne, la LPO demande une pause dans l’inaction du gouvernement. »
L’hexagone figure parmi « les pays dont la surface agricole exploitée de manière intensive est la plus élevée mais aussi parmi ceux dont cette surface a le plus augmenté récemment, souligne l’étude. Le nombre d’oiseaux agricoles et forestiers a diminué de 43 % et 19 % respectivement. Le nombre d’oiseaux nichant en milieu urbain a lui augmenté de 9 %. Certaines espèces ont vu leur population chuter de manière spectaculaire : -75 % environ pour le moineau friquet, le tarier des prés et le pipit farlouse, par exemple ».
Les scientifiques concluent que ces « travaux démontrent l’urgence de repenser le mode de production alimentaire actuel ». Il n’y a plus qu’à (ré)agir !


