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09.11.18 modifié le 31.03.26

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Animaux morts durant la Grande Guerre : le nécessaire devoir de mémoire

Un âne contraint de porter un masque à gaz et entouré de deux soldats allemands en 1916 / ©BnF

Le devoir de mémoire s’ouvre progressivement aux animaux grâce à des initiatives municipales leur rendant hommage. Pourtant, si la ville de Yerres (91) a déjà inauguré une plaque en leur mémoire, la Fondation 30 Millions d’Amis déplore que la Mairie de Paris n’ait toujours pas concrétisé le projet d’édification d’une stèle… pourtant voté à l’unanimité en septembre 2018.

Ils ont longtemps été les grands oubliés de l’histoire. Pourtant, à l’instar des soldats, les animaux ont pris leur part sur le front durant la Première Guerre Mondiale. Chiens, chevaux, chats et même pigeons, ces compagnons d’infortune peuvent enfin espérer recevoir un hommage mérité et qui est partagé au-delà des associations de protection animale.

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La Fondation 30 Millions d’Amis avait réalisé cette vidéo en hommage à nos animaux morts au combat.

« Un rôle essentiel que nous avons malheureusement oublié »

« Beaucoup de Poilus auraient souhaité cela juste après la guerre, explique Eric Baratay, historien et spécialiste de l’histoire de l’animal. Ils étaient nombreux à être reconnaissants envers leurs compagnons de misère. La France est aujourd’hui en retard par rapport aux pays anglo-saxons. » Pourtant, on estime à 8 millions le nombre d’équidés à avoir foulé le champ de bataille aux côtés de 100 000 chiens, sans compter quelque 200 000 pigeons ! Des chiffres impressionnants qui restent toutefois à prendre avec des pincettes. « La réalité, c’est qu’on ne sait pas avec exactitude le nombre d’animaux à avoir été sur le front, tempère l’auteur de Bêtes des tranchées (CNRS Editions, 2013). Des registres ont été détruits. Néanmoins, nous pouvons dire que 40 % des équidés sont morts durant la Grande Guerre. »

Les chiens, utilisés principalement pour retrouver les blessés, surveiller la présence d’éventuels adversaires mais aussi comme messagers, ont également payé un lourd tribut. Sans parler des animaux de compagnie, chiens ou chats, emmenés par les soldats pour les réconforter émotionnellement. « C’est un rôle essentiel que nous avons malheureusement oublié, souligne Eric Baratay. Que des villes leur rendent cet hommage me paraît tout à fait approprié et juste. » Alors que des stèles étaient certes parsemées dans quelques municipalités de France, c’est dans le département de l’Essonne que l’on trouve la première commune à avoir officiellement franchi le pas.

En 2018, Yerres prend les devants

La ville de Yerres (91), grâce à son comité de la cause animale, a inauguré une plaque commémorative pour les animaux morts durant les conflits de l’histoire dans son Parc de la Grange au Bois, dès 2018. Par cet acte fort, la Mairie yerroise avait choisi de mettre à l’honneur « tous ces animaux qui ont été des compagnons fidèles, un élément capital pour maintenir le moral des soldats ». « Nous avions l’envie d’honorer la mémoire des animaux, s’était félicité lors de l’inauguration Olivier Clodong, le maire de Yerres. Cela faisait quelques temps que nous y pensions. Grâce au dynamisme du comité de la cause animale, nous avons franchi le pas. En tant qu’amoureux des animaux, je suis fier de ce grand pas en avant. »

Dans la capitale, la question engendre de vifs débats

A Paris, le débat est encore vif. L’idée d’un monument aux animaux morts a rencontré plusieurs obstacles. A l’initiative d’une trentaine d’associations de protection animale – dont la Fondation 30 Millions d’Amis – une lettre a été adressée à la Maire de Paris, Anne Hidalgo, pour réclamer la création d’un monument dans la capitale qui rendrait hommage aux animaux de guerre morts sous le commandement français, en particulier pendant la Grande Guerre (15/05/2018).

Un vœu formulé par Jacques Boutault (ELLV) et Danielle Simonnet (ex. Parti de Gauche), avait ensuite été rejeté au Conseil de Paris, avant que l’idée d’un groupe de travail pour l’édification d’une stèle ne soit finalement acceptée, le 26 septembre 2018. « J’ai simplement demandé de la réflexion, s’était justifiée Catherine Vieu-Charier (PCF), adjointe chargée de la mémoire et du monde combattant, jointe par 30millionsdamis.fr. Je n’ai pas fait volte-face. Il faut savoir prendre son temps pour de tels sujets. Je comprends l’impatience mais il ne faut pas faire n’importe quoi ! »

Quand on est sensible à la souffrance animale, on l’est aussi à la souffrance des êtres humains.
Jacques Boutault (EELV)

Entre les deux décisions, la proposition avait toutefois reçu le soutien du maire du VIe, Jean-Pierre Lecoq (LR) et de l’élu du VIIe arrondissement René-François Bernard (UDI-MoDem) ainsi que de l’association des anciens combattants « Le Souvenir Français ». « Très opportunément, la Mairie a décidé de changer d’avis, avait ironisé Jacques Boutault, contacté par 30millionsdamis.fr. Ce qui embêtait la ville, c’était d’associer les animaux morts avec les soldats. Je trouve qu’au contraire, ce n’est enlever aucun mérite aux soldats ! Quand on est sensible à la souffrance animale, on l’est aussi à la souffrance des êtres humains. » « Au début, certains rigolaient quand les associations proposaient ce monument, avait aussi confié Danielle Simonnet. Aujourd’hui, je crains que cela prenne beaucoup de temps… »

Lieux de réquisition d’équidés

En 2020, deux ans après le vote du projet de stèle à l’unanimité par le Conseil de Paris, force est de constater que cette crainte était malheureusement fondée. Les discussions porteraient à présent sur le lieu d’édification du monument, sujet de discorde. « Selon nos informations, la Mairie de Paris souhaite que la stèle […] soit au Bois de Vincennes ! Ce lieu est sans lien historique avec les animaux de guerre et très excentré », s’indigne l’association Paris Animaux Zoopolis (communiqué du 6/11/2020). Parmi les adresses proposées par les défenseurs des animaux figurent notamment l’avenue de l’Observatoire (6e arr.), la caserne de la Tour Maubourg aux Invalides (7e arr.) ou encore la place Voltaire (11e arr.), lieux de réquisition d’équidés.

Aujourd’hui, en France, il n’existe que peu de monuments édifiés en hommage à ces animaux (Saumur, Neuville-les-Vaucouleurs…), dont certains ont été financés par des pays étrangers comme celui de Pozières (80) par l’Australian War Animal Memorial Organisation ou de Couin (62) par la Western Front Association de Grande-Bretagne.

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