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15.02.19 modifié le 17.04.26
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Les rangers, les anges gardiens de la faune africaine

Les rangers des réserves africaines veillent sur la faune sauvage au péril de leur vie. Leurs visages sont masqués pour assurer leur sécurité. © SanWild
En première ligne face aux braconniers, les rangers protègent au péril de leur vie les animaux menacés. Ils ont pourtant rarement l’occasion de témoigner sur la difficulté de leur mission. A quels défis majeurs font-ils face au quotidien ? 30millionsdamis.fr a donné la parole au chef d’une unité anti-braconnage en Afrique du Sud.
« C’est un combat constant contre les braconniers. En 2018, nous avons perdu 4 rhinocéros », confie Stephanes Lightfoot à 30millionsdamis.fr. Responsable de l’unité anti-braconnage du sanctuaire sud-africain SanWild (soutenu par la Fondation 30 Millions d’Amis depuis de nombreuses années et qui a déjà recueilli des animaux qu’elle a sauvé, NDLR), celui-ci met tout en œuvre pour que cette tragédie ne se reproduise pas.
Face à la menace permanente, il a fallu mettre en place une organisation précise et efficace. « Notre salle de contrôle est l’élément central de notre dispositif. Nous y recevons les vidéos de surveillance venant des caméras pour voir ce qui se passe et suivre les mouvements des véhicules en temps réel, explique l’homme avec détermination. C’est de là que nous décidons d’envoyer des renforts et que nous établissons un plan des opérations. Nous gagnons un temps précieux ».
Une surveillance sur le terrain 24h/24 & 7j/7 !
« Nous avons découpé le territoire du sanctuaire en secteurs, en fonction desquels sont organisées les patrouilles, détaille le professionnel. Les rangers doivent se déplacer à pied, pour repérer le moindre signe d’intrusion. » Hors de leurs véhicules, les gardes sont pourtant plus vulnérables face à des braconniers le plus souvent munis de fusils. Ils sont donc eux aussi armés, pour pouvoir se défendre en cas de confrontation. « Le plus important, c’est qu’ils restent en équipe. Ils ne patrouillent jamais seul, toujours par deux minimum », martèle le chef des rangers.
La période de la pleine lune est la plus critique, car les braconniers profitent de la lumière nocturne pour se repérer.
Stephanes Lightfoot
Traces de deux-roues, restes calcinés… Rien ne doit échapper à leur vigilance. Si les gardes se relaient selon un planning bien rodé, ils doivent aussi régulièrement intensifier leur surveillance. « La période de la pleine lune est la période la plus critique, car les braconniers profitent de la lumière nocturne pour se repérer, signale Stephanes Lightfoot. Nous devons donc surveiller le sanctuaire 24h/24h pendant les quatre jours qui précèdent et qui suivent la pleine lune ».
Réagir face aux braconniers, mais aussi aux éléphants et aux lions
Comme tout métier, celui des rangers nécessite des connaissances et un savoir-faire spécifiques. « Nos rangers suivent une formation de quatre semaines, pendant laquelle ils apprennent les compétences de base, indique le responsable. Le comportement animal y tient une place importante, car faut aussi qu’ils sachent réagir face à un lion ou à un éléphant ! ». Se tenir à bonne distance, détecter les signes de colère ou de détresse des animaux… Autant d’aptitudes essentielles, tant pour se protéger eux-mêmes que pour venir au secours de la faune sauvage.
La perte de motivation parmi ces héros de la biodiversité est cependant un enjeu majeur. Une étude de la Wildlife Conservation Society (WCS) s’est penchée sur le bien-être des rangers du parc national de Kahuzi-Biega. A l’est de République Démocratique du Congo (RDC), cette réserve est l’un des derniers refuges du gorille des plaines orientales, en danger critique d’extinction selon l’Union internationale pour la protection de la nature. « Nous avons remarqué que les rangers du parc étaient optimistes au départ, mais que leur motivation et leur satisfaction par rapport à leur travail diminuait avec le temps », explique Charlotte Spira, auteure principale de cette étude.
Un décalage entre la précarité de leur statut et les risques de leur mission
Les gardes interrogés ont souligné le décalage entre leur salaire et l’immense risque associé à leur métier, ne recevant que 130 à 260 dollars US par mois (115 à 230 euros environ). Or, depuis les années 1990, plusieurs centaines de rangers ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions en RDC. En cause, les milliers d’armes en circulation dans ce pays déchiré par la guerre civile, qui tombent entre les mains des braconniers comme des milices.
Toujours selon l’étude, l’une des clés de la motivation des rangers réside dans les sanctions réservées aux braconniers. Des peines suffisamment dissuasives préviendraient les récidives et éviteraient aux sentinelles des réserves de tomber nez à nez avec un individu déjà arrêté. Au Kenya, où de fortes mesures de répression ont été instaurées depuis 2013, le nombre d’actes de braconnage a chuté de 80 %.
Nous sommes extrêmement fiers des rangers, et nous les considérons comme les individus les plus précieux.
Lizel Kachelhoffer
En Afrique du Sud, au SanWild, le salaire des rangers est aussi élevé que possible grâce au soutien des donateurs, soit 5000 rands par mois (environ 310 euros). L’alimentation, le logement, le transport et les vêtements sont fournis. « Nous sommes extrêmement fiers d’eux et nous les considérons comme les individus les plus précieux, affirme Lizel Kachelhoffer, qui dirige le sanctuaire depuis le décès de Louise Joubert dans un accident de voiture. Ce sont ceux qui mettent leur vie en péril jour après jour, protégeant les animaux, qui ne peuvent se défendre eux-mêmes ».


