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01.06.21 modifié le 18.04.26

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30 ans de suivi des oiseaux en France : le déclin atteint moins 30 % pour les espèces des milieux urbains et agricoles !

Le Chardonneret élégant compte parmi les 43 espèces d'oiseaux dont la population régresse depuis 1989. ©AdobeStock /Martin Pateman-Lewis

Oiseaux des villes et des champs voient leurs populations s’effondrer à cause des activités humaines, alertent la Ligue de Protection des Oiseaux – partenaire de la Fondation 30 Millions d’Amis –, le Muséum national d’Histoire naturelle et l’Office français de la biodiversité. Un constat issu de 30 ans de suivi participatif dans l’hexagone.

Pas de quoi siffler comme un merle ? Entre 1989 et 2019, quelque 2000 observateurs bénévoles ont recensé les populations de 123 espèces d’oiseaux les plus communes en France, dans le cadre du programme de Suivi temporel des oiseaux communs (STOC) organisé par le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), l’Office français de la biodiversité (OFB) et la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Trois décennies de suivi, à partir desquelles les trois institutions ont pu dresser un rapport de synthèse (31/05/2021). Si les organisateurs tiraient déjà la sonnette d’alarme en 2018, déplorant un déclin à « un niveau proche de la catastrophe écologique », leurs conclusions trois ans plus tard ne sont guère plus optimistes, dénombrant 43 espèces en déclin contre 42 stables, 32 en augmentation et 6 espèces dont la tendance est considérée comme « incertaine ».

Les pesticides au banc des accusés…

Les oiseaux familiers des villes – tels que les hirondelles et les moineaux friquet – sont « en fort déclin », avec « 28 % d’oiseaux en moins depuis 1989 » pour l’ensemble des espèces spécialistes des milieux urbains selon la LPO, le MNHN et l’OFB. « Les raisons sont encore mal expliquées, et certainement multiples », précisent les organisateurs dans leur rapport, pointant la « diminution des ressources alimentaires, notamment des insectes », la baisse « des sites propices à la nidification (perte de cavités due au ravalement des bâtiments et à l’abattage des vieux arbres, nettoyage des façades favorables aux hirondelles) » ainsi que la pollution.

Le modèle agricole intensif encouragé par la PAC est en grande partie responsable du déclin des oiseaux.
MNHN, OFB & LPO

La situation s’avère encore pire pour les oiseaux des milieux agricoles, tels que l’alouette des champs et les perdrix, qui ont perdu près du tiers de leurs effectifs (-30 %) en 30 ans. « Le modèle agricole intensif développé après-guerre et encouragé par la PAC [Politique Agricole Commune, NDLR] est en grande partie responsable [du déclin des oiseaux], pour avoir fait disparaître ou transformé leurs habitats et pour avoir diffusé massivement des produits chimiques, dont les pesticides », « en particulier les néonicotinoïdes », précisent les organisateurs par communiqué. En forêt, la situation semble moins dramatique avec tout de même une baisse des effectifs d’oiseaux en moyenne de 10 %.

… et le changement climatique

Les oiseaux doivent également composer avec le changement climatique. Sur la base des données du programme STOC et de ses équivalents européens, les chercheurs ont en effet montré qu’entre 1990 et 2008, les communautés d’oiseaux se sont décalées vers le nord pour s’adapter au réchauffement (Devictor et al., 2012). Par ailleurs, les scientifiques mettent en garde contre la « fausse bonne nouvelle » de l’augmentation de populations de certaines espèces jugées plus adaptables, comme le pigeon ramier ou la mésange bleue, cette hausse révélant selon eux « une uniformisation de la faune sauvage ».

Pour lutter contre le déclin des oiseaux et de leur diversité, plusieurs mesures ont toutefois fait leurs preuves, à l’instar des réserves naturelles ou encore « des aides financières conditionnées « scénarios verts » qui doivent être développées dans le projet de la nouvelle [PAC] », relèvent la LPO, le MNHN et l’OFB, prônant « l’arrêt de l’utilisation massive et déraisonnée des pesticides », « un soutien efficace à l’agro-écologie », « une réduction de l’artificialisation des sols » ainsi qu’un « soutien à la stratégie nationale des aires protégées ». « Le [programme] STOC joue un rôle crucial de lanceur d’alerte qui nous démontre scientifiquement l’urgence d’agir pour sauver les oiseaux et, avec eux, toute la pyramide du vivant », conclut Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO. Il est (plus que) temps d’agir !

(Avec AFP)

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