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22.02.22 modifié le 18.04.26

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Salon de l’agriculture : l’élevage intensif et la pêche industrielle pointés du doigt

Poulets en bâtiments, chalutier, salle de gavage pour le foie gras, élevage de cochons et lapins en cages : 5 enquêtes dénoncent l’horreur infligée aux animaux par le modèle intensif. ©L214

Quelques jours avant l’ouverture du salon de l’agriculture 2022, l’association L214 publie 5 enquêtes – une par jour – dénonçant l’horreur des élevages intensifs et de la pêche industrielle, à la fois cruels envers les animaux, oppressifs pour les éleveurs et nocifs pour l’environnement. Les lanceurs d’alerte interpellent les candidats à l’élection présidentielle afin de sortir de ce modèle de production, auquel 85 % des Français s’opposent (baromètre Fondation 30 Millions d’Amis /Ifop, 2022).

Contraste. Tandis que les allées du Salon International de l’Agriculture (SIA) à Paris s’apprêtent à présenter une « vitrine » du monde rural (animaux « heureux », éleveurs épanouis et produits de qualité issus du « terroir »), c’est pourtant une tout autre facette que les lanceurs d’alerte, eux, donneront à voir sur les réseaux sociaux. Une exploitation de poulets en bâtiments dans la Sarthe, un chalutier dans le Calvados, une salle de gavage pour le foie gras dans le Gers, un élevage intensif de cochons et des lapins en cages des Côtes d’Armor : 5 enquêtes dénonçant l’horreur infligée aux animaux ainsi que des conséquences désastreuses sur les écosystèmes.

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5 enquêtes dénoncent l’horreur des élevages intensifs et de la pêche industrielle. ©L214

« Aujourd’hui, l’éleveur est un esclave » 

« S’ils savaient (les consommateurs, NDLR) comment ça a été produit, ils n’achèteraient pas ». Ciblant un élevage de poulets en bâtiment de la marque « Le Gaulois » dans la Sarthe, la première enquête diffusée par L214 (22/02) est commentée à visage découvert par Francis Guilloteau, éleveur de volailles en Vendée, « 36 ans de métier ». S’il dit avoir lui-même vidé ses propres bâtiments afin de se lancer dans « l’élevage raisonné », l’homme affirme toutefois subir la pression des « opérateurs » : « La coopérative comme Terrena ou le groupe LDC (qui possède la marque Le Gaulois, NDLR) (…) m’imposent de produire de l’élevage plus intensif encore », déplore-t-il.

Quand je vois 22 poulets au mètre carré, c’est inacceptable.
Francis Guilloteau, éleveur

Sur les images tournées par les lanceurs d’alerte (vidéo ci-dessous), montrant des poulets malformés, incapables de se tenir debout en raison de leur croissance rapide, le constat du professionnel est sans appel : « Quand je vois 22 poulets au mètre carré (soit l’équivalent d’une feuille A4 pour chaque volatile, NDLR), c’est inacceptable ». Une souffrance animale selon lui cachée au consommateur – trompé à la fois par la « réputation » du « Made in France » et par la « publicité mensongère » à la télévision – et qui viendrait également s’ajouter à la détresse humaine : « L’argent s’en va entièrement dans l’amortissement des bâtiments, explique-t-il. L’éleveur n’a pas de revenus, et même, il est déficitaire. » « Aujourd’hui, l’éleveur est un esclave. Il ne décide rien du tout (…), même pas son prix. Il est condamné à travailler et produire au maximum », tance F. Guilloteau.

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Poulets malformés, incapables de se tenir debout en raison de leur croissance rapide… le constat est sans appel. ©L214

Mille milliards de poissons pêchés chaque année

De la souffrance sur la terre ferme… mais aussi en mer ! La deuxième enquête diffusée par les lanceurs d’alerte (23/02) concerne deux chalutiers – dont un navire français – en action dans les eaux de la Manche, filmés par l’association allemande Soko Tierschutz (vidéo ci-dessous). La technique pratiquée est celle du « chalut de fond », c’est-à-dire un filet déployé jusqu’au fond marin, piégeant toute la faune qui s’y trouve. « C’est comme prendre une charrue géante et détruire (…) tout un écosystème », explique Lynne Sneddon, biologiste aquatique à l’Université de Göteborg (Suède), qui commente la vidéo. Les poissons sont « remont(és) des profondeurs très rapidement, ce qui peut entraîner l’éclatement de leur vessie natatoire (organe qui permet aux poissons de réguler leur flottabilité dans l’eau, NDLR), ce qui est incroyablement douloureux, précise la biologiste marine. Ils sont écrasés sous le poids de milliers de poissons puis rejetés sur le pont, où ils suffoquent et subissent du stress. »

Le temps d’être triés, les poissons suffoquent, leur asphyxie pouvant durer de 25 minutes à 4 heures. Un véritable calvaire pour ces êtres sensibles, dont l’intelligence a fait l’objet de récentes études. Si les animaux indésirables sont rejetés à la mer (seulement 10 % des poissons pêchés sont ramenés au port, NDLR), ceux présentant un intérêt commercial sont quant à eux mis à mort, dans certains cas même étripés vivants. « Personne n’accepterait ce genre de traitement pour les vaches, les porcs, les moutons ou les poulets », fustige L. Sneddon, estimant le nombre de poissons pêchés chaque année dans nos océans – pour la consommation humaine et l’alimentation des animaux d’élevage – à mille milliards.

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Le « chalut de fond » consiste en un filet déployé jusqu’au fond marin, piégeant toute la faune qui s’y trouve. ©Soko Tierschutz /L214

Canards, cochons et lapins

Les trois enquêtes suivantes concerneront respectivement une salle de gavage pour le foie gras dans le Gers, un élevage intensif de cochons et des lapins en cages dans le département des Côtes d’Armor en Bretagne. Des révélations mettant non seulement en exergue l’enfer subi par les animaux dans ces systèmes industriels, mais aussi les risques sanitaires – notamment le rôle de la filière foie gras dans l’expansion de la grippe aviaire en raison des transferts d’animaux entre régions au cours de leur vie – et les impacts écologiques, à l’instar de la prolifération des algues vertes dans la baie de Saint-Brieuc (polluée par les excréments issus de l’élevage porcin et épandus dans les champs, NDLR).

« En France, plus de 80 % des animaux abattus proviennent de systèmes intensifs, c’est-à-dire d’élevages où les animaux sont entassés dans des bâtiments fermés sans aucun accès à l’extérieur », soulignent les lanceurs d’alerte. Or, 85 % des Français se disent favorables à l’interdiction de l’élevage intensif (baromètre Fondation 30 Millions d’Amis /Ifop, janvier 2022). « Enquêtes après enquêtes, les Français montrent qu’ils sont de plus en plus mobilisés pour la protection des animaux, estime Reha Hutin, Présidente de la Fondation 30 Millions d’Amis. En mettant le bien-être animal parmi leurs préoccupations majeures pour la Présidentielle, ils demandent aux candidats de faire des propositions ambitieuses et concrètes en la matière. » Mesdames et Messieurs les candidat(e)s, engagez-vous !

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