Actualités
25.05.22 modifié le 18.04.26
25,3k vues
Les « ânes taxis » de Mijas suscitent l’indignation en Espagne

Parqués comme des voitures, les ânes de Mijas souffrent de conditions déplorables en plus de servir de moyens de transport pour touristes./©PACMA
Des ânes attachés en plein soleil en attendant que des touristes les choisissent pour un tour de la ville… C’est le quotidien insupportable des « ânes taxis » de Mijas, une commune andalouse au cœur d’une polémique. Pour la Fondation 30 Millions d’Amis, les touristes qui s’adonnent aux activités engendrant de la maltraitance animale portent également une part de responsabilité.
Mise à jour (14/6) : A la suite de la publication de l’article, Le Petit Futé a fait savoir qu’il « veille à ne plus mentionner aucune prestation touristique utilisant des animaux dans une situation indigne ou de maltraitance » et que « chaque fois qu’un oubli [nous] a été signalé, comme c’est le cas ici avec 30 millions d’amis [nous avons] supprimé immédiatement toute référence à cette activité ».
L’image fait peine à voir. Un âne ne pouvant bouger sa tête, attaché à une barrière à l’aide d’une corde, parqué comme une voiture. Le tout sous des températures excédant régulièrement les 30 °C. Comme lui, une soixantaine d’animaux font office de « taxis » pour touristes à Mijas, en Andalousie, au sud de l’Espagne. De nombreuses associations de protection animale – comme la Fondation 30 Millions d’Amis –dénoncent cette maltraitance quotidienne.
Pluie de critiques autour des conditions des ânes, la mairie se défend
« Ces pauvres ânes sont attachés en permanence et leur corde est tellement serrée qu’ils ne peuvent pas bouger la tête, témoigne Anne, une habitante française de Mijas qui a alerté la Fondation 30 Millions d’Amis. Ce sont de véritables objets. Parfois ils n’ont même pas d’eau à disposition malgré des températures élevées. Si certains touristes les utilisent, beaucoup heureusement ne veulent plus revenir quand ils voient ça… »
Cette situation est suivie de près par les associations de protection animale qui tentent depuis de nombreuses années déjà de mettre un terme à ces pratiques. Récemment, le parti animaliste espagnol (PACMA) a manifesté pour faire bouger les choses.
« Ils restent debout toute la journée, que ce soit une journée de travail ou de repos, sans aucune possibilité de s’allonger ou d’adopter une autre posture, s’émeut Ana Bejar, porte-parole de la PACMA, contactée par 30millionsdamis.fr. Il faut stopper cette souffrance chronique qui n’a que trop duré. » En 10 ans, plus d’une dizaine de pétitions se sont succédé pour mettre un terme à la souffrance des équidés, en vain.
En 2015, dans un rapport public le vétérinaire Agustín Gonzalez s’inquiétait déjà des dommages physiques pour ces animaux : « Ils souffrent de multiples ulcères, de courbatures et d’érosion cutanées formant des croûtes. Certaines se retrouvent infectées à cause de la selle. On constate des blessures permanentes et des déformations au niveau des muselières à cause du contact prolongé avec le métal. »
Depuis, de multiples manifestations se sont tenues en soutien aux ânes de Mijas, mais la mairie a joué la montre accordant des améliorations mineures comme l’installation de clôtures de séparation entre les animaux, l’intensification des contrôles vétérinaires ou la limitation à 80 kilos pour monter à dos d’âne. Des mesures jugées insuffisantes par les protecteurs des animaux… et qui, sur le terrain, ne semblent même pas appliquées.
« Cette règle des 80 kilos par exemple n’est absolument pas respectée, critique Anne, l’expatriée. Il faut tout faire pour mettre ces animaux à l’abri loin de cette objétisation caractérisée ».
La mairie quant à elle persiste et signe, affirmant que le « bien-être des équidés est garanti ».
Une activité promue sur Trip Advisor et Le Petit Futé
Tout aussi choquant, 30millionsdamis.fr a noté que les « burro-taxis » de Mijas font figure d’attraction touristique sur le site de Trip Advisor. L’activité y est classée dans la section « transports », ce qui ne manque pas d’enflammer les commentaires : « Traiter les ânes de cette manière est une honte. Ces pauvres bêtes attachées avec 20 cm de corde peuvent à peine bouger, en attendant leur tour pour supporter les poids des touristes fainéants en plein soleil. Mijas pueblo est superbe mais À PIEDS !!! Stop à ces traitements !!! », « Anes debout pendant des heures qui ne peuvent meme pas bouger la tête. Pas d’eau disponible pour eux. Honteux et maltraitant » ou encore « C’est une honte que cela puisse exister ! Les ânes sont maltraités, laissés en plein soleil , sans eau, ne peuvent pas bouger ni se coucher, ils sont frappés ».

Capture d’écran Trip Advisor
Le Petit Futé 2022 n’est pas en reste non plus, présentant les « ânes taxis » comme « un moyen original pour visiter le village grâce à de petites randonnées à dos d’âne » !

Capture d’écran lepetitfute.com
Si les plateformes et guides touristiques ont fait des efforts en termes de protection animale, la mention de ces activités dans leurs colonnes démontrent qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour prendre en compte la maltraitance dans son ensemble.
La responsabilité des touristes engagée
Le traitement des ânes de Mijas n’est pas sans rappeler celui de leurs congénères à Santorin (Grèce) dont les conditions de vie ont soulevé une vague d’indignation parmi les associations de protection animale, dont la Fondation 30 Millions d’Amis.
La Fondation 30 Millions d’Amis a concrètement agi pour venir en aide aux ânes utilisés à Petra (Jordanie) en filmant leurs conditions de vie terribles en 2014 et en finançant l’installation des aires de repos à l’ombre et des écuries.
C’est également aux voyageurs de ne pas promouvoir ni accepter ces activités utilisant des animaux. En absence de demande, l’offre disparaîtrait. Ne nous rendons pas complices de cette souffrrance et prenons conscience de notre pouvoir pour faire avancer la cause animale.


