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14.06.21 modifié le 18.04.26
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Mobilisation pour sauver une famille de renards menacée d’abattage !

Observés pour la première fois en mai 2021 dans un jardin privé, les renards risquent d'être abattus en vertu d'une décision préfectorale. ©Adrien Favre (photo d'illustration)
Une famille de six renards risque d’être capturée et tuée dans la commune de La Celle Saint-Cloud (78) ! Cette décision préfectorale a suscité l’indignation sur les réseaux sociaux. 30millionsdamis.fr, qui rappelle régulièrement le rôle écologique de l’espèce, demande aux décideurs locaux d’épargner leur vie en permettant aux associations volontaires de les relâcher dans une zone non urbaine.
Mise à jour : Par un arrêté signé le 9 août 2021, la préfecture des Yvelines a confirmé l’autorisation d’abattre la famille de renards, « dans l’intérêt de la santé et la sécurité publiques et en prévention de dommages importants à diverses formes de propriété ». L’arrêté a été publié sans consultation préalable du public, eu égard au « caractère d’urgence » et de « l’absence d’impact significatif sur l’environnement ».
Massacrés sous la pression d’une poignée de riverains ? Tel est le triste sort réservé à six renardeaux installés dans la ville de La Celle Saint-Cloud (Yvelines). La préfecture du département vient d’autoriser le lieutenant de louveterie à solliciter l’intervention de deux piégeurs agréés pour procéder à la capture et à l’abattage des renards ! « Une fois piégés, les renards ne seront pas relâchés : ils seront abattus, confirme le lieutenant de louveterie Pascal Cordeboeuf (Actu.fr). D’abord parce que cela reviendrait à déplacer le problème. Ensuite parce que l’espèce est classée comme susceptible d’occasionner des dégâts. »
Observés pour la première fois en mai 2021 dans un jardin privé, la présence de cette famille de canidés avait émerveillé la plupart des riverains. Une poignée d’entre eux signalait toutefois des attaques sur des poules et des chats.
Des associations volontaires pour relâcher les renards ailleurs
Toujours est-il que des solutions existent pour éloigner les goupils des zones urbanisées, tout en préservant leur vie. Plus de 35 000 personnes ont déjà signé la pétition demandant au maire de la commune d’empêcher cet abattage, à la faveur d’alternatives éthiques : « Aux noms des animaux, (…) nous demandons à Monsieur Le Maire Olivier Delaporte de trouver une solution pacifique afin que ces renards soient épargnés ».
Une fois piégés, les renards ne seront pas relâchés : ils seront abattus.
P. Cordeboeuf – Lieutenant de louveterie (Actu.fr)
Face à l’urgence de la situation, des centres de soins pour la faune sauvage se sont déjà engagés à capturer, transporter et relâcher la famille de renards. « L’Hirondelle » et « Faune Alfort » proposent de les relâcher dans une zone où ils pourront vivre en toute sérénité et où ils ne représenteront plus une gêne pour la population… Un raisonnement malheureusement ignoré – pour l’heure – par le maire de la ville. « C’est du domaine régalien de l’Etat, se borne à déclarer Olivier Delaporte sur Actu.fr. Dans le cas présent, la préfecture ne fait qu’appliquer une règle d’hygiène ».
Tuer des renards : une mesure contre-productive
Pourtant, il n’a jamais été établi que le piégeage des renards limite la prolifération de l’échinococcose, argument souvent avancé par les autorités pour justifier l’éradication de cet animal. Pire : tuer des renards pourrait même s’avérer contre-productif et accroitre le risque sanitaire ! « Si chaque famille de renards reste sur son territoire, l’échinocoque [ver parasite responsable de l’échinococcose, NDLR] se transmettra moins, précise Frédéric Jiguet, Professeur en écologie au Muséum National d’Histoire Naturelle (Biological Conservation, « The Fox and the Crow. A need to update pest control strategies », juin 2020). Mais si vous tuez des individus, vous déstabilisez les populations de renards, qui vont alors se disperser et répandre la maladie ». Sans compter le risque pour les traqueurs de contracter la maladie au contact des cadavres…
Si vous tuez des individus, vous déstabilisez les populations de renards qui vont répandre l’échinococcose.
F. Jiguet – Pr en écologie
En témoignent les études scientifiques menées sur ce sujet. Ainsi, aux abords de la ville de Nancy (54), 4 ans de chasse intensive aux renards (+35 % d’animaux tués) ont contribué à accroître la prévalence de l’échinocoque (40 % à 55 %). De même, au Luxembourg, où les renards ont été rayés de la liste des espèces chassables en 2015, le taux d’infection à l’échinocoque est passé de 40 % à 25 %, tandis que la population de goupils est restée stable.
La justice elle-même l’a bien compris lorsqu’elle a annulé ou suspendu des arrêtés autorisant l’abattage de renards dans certains départements. « L’étude de 2020 [menée par F. Jiguet, NDLR] constate une propagation plus importante de certaines maladies telles que l’échinococcose alvéolaire pendant les périodes d’abattages intenses, confirme le Tribunal administratif de Rouen (Ordonnance du 4 septembre 2020). Un relevé épidémiologique du 29 novembre 2019 de l’Organisation mondiale de la santé relève d’ailleurs le caractère inefficace de l’abattage des renards dans la prévention et la lutte contre cette maladie ».
Le rôle écologique du renard
Le renard est une espèce essentielle contre la propagation d’infections et de maladies.
Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne
« La réduction des populations de renards n’est pas un moyen d’éviter la prolifération de l’échinococcose alvéolaire et de prévenir la contamination vers l’homme, analyse de son côté le Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne (Ordonnance de référé du 9 décembre 2020). Au contraire, (…) le renard est une espèce essentielle pour lutter contre la propagation d’autres infections, et notamment des maladies vectorielles telles que la maladie de Lyme, en tant que prédateur de rongeurs nuisibles ».
Un rôle écologique d’autant plus essentiel qu’à défaut de prédateur naturel, les agriculteurs luttent contre les proliférations de rongeurs en utilisant de la bromadiolone : un produit chimique très toxique qui empoisonne de nombreux animaux, y compris domestiques. « De plus en plus d’agriculteurs reconnaissent son rôle écologique et certaines fédérations de chasse commencent même (très doucement, certes…) à changer d’attitude à son égard », conclut l’Association pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS).
Reste à espérer que les décideurs publics locaux prennent, eux aussi, conscience du rôle écologique de ces êtres vivants et sensibles…


